Juillet 1952 : un tournant dans l’histoire politique de l’Égypte
Juillet 1952, une date marquante dans les transformations politiques de l’Égypte. C’est l’une des rares occasions où la politique publique de l’État égyptien est passée d’un extrême à l’autre, contrairement à un simple changement de la tête du régime et à la continuation des politiques existantes.
Le mouvement de juillet a annoncé la transition du régime monarchique au républicain, porteur d’idées socialistes ou ce qui a été appelé le « socialisme arabe », un principe qui a guidé l’État jusqu’au début des années 1970. Quelle que soit la dénomination de cette expérience, elle fait partie des plus influentes qui ont marqué directement l’urbanisme égyptien, dont l’impact a non seulement perduré jusqu’au début des années 1970, mais continue d’influencer jusqu’à aujourd’hui.
L’urbanisme dans les années 50 et 60 : un modèle populaire et industriel
L’urbanisme égyptien des années 50 et 60 se caractérisait par une préférence pour le logement des classes populaires. Ainsi, l’accent était mis sur le logement social et industriel, les deux modèles touchant directement le secteur majoritaire de la population, et qui étaient sous la responsabilité directe du secteur public. Durant les années 50, l’urbanisme a été influencé par plusieurs facteurs, tels que les politiques de nationalisation mises en place par le gouvernement de juillet, ainsi que les lois successives de réduction des loyers.
Les lois de réforme agraire : une transition sociale et économique
Une des pierres angulaires de l’expérience socialiste de cette période fut la loi de réforme agraire, qui visait à réaliser une justice sociale parmi les Égyptiens. Ces lois ont permis au régime de bénéficier d’un large soutien populaire après que la rue s’était opposée aux politiques féodales avant les années 50, où environ 10 000 propriétaires (soit 6% des propriétaires) contrôlaient près de 35% des terres agricoles.
Une étude réalisée en 2017 à la faculté d’agriculture de l’Université Ain Shams, portant sur la distribution des terres agricoles entre le recensement agricole de 1929 et 2010, a utilisé l’indice de Gini pour mesurer l’équité de cette distribution. Cet indice, qui varie de 0 à 1, représente la distribution idéale lorsqu’il est égal à 0. Une valeur proche de 1 représente une grande inégalité. En 1929, l’indice était de 0,892, il est passé à 0,783 en 1930 et à 0,733 en 1950, des chiffres proches de 1, indiquant une mauvaise distribution des terres agricoles. Après les lois de réforme agraire, cet indice a chuté à 0,597 en 1960, à 0,532 en 1980, et à 0,582 en 1990.
Les limites des lois de réforme agraire
Cependant, que sont devenues ces lois de réforme agraire ? L’absence d’un mécanisme pour soutenir ces lois a fini par nuire à leur efficacité. Bien que la loi ait visé à répartir les terres, il n’y avait pas de mécanisme pour préserver la valeur des terres ni pour empêcher leur changement d’usage. À long terme, la répartition des terres agricoles a conduit à des petites exploitations qui se sont transmises par héritage, dégradant ainsi leur taille au fil des générations. En 1950, il y avait environ un million d’exploitations agricoles, avec une moyenne de 6,13 feddans par exploitation. Dans les années 70, ce nombre a augmenté à 2,8 millions d’exploitations, avec une moyenne de 2,06 feddans.
L’impact de la fragmentation des terres sur l’urbanisme
La fragmentation des terres agricoles a eu un impact direct sur l’urbanisme égyptien. Cette situation a favorisé l’expansion non planifiée des zones urbaines qui se sont étendues sur les terres agricoles périphériques. En raison de l’absence de planification urbaine pour intégrer l’augmentation démographique, une grande partie des migrants internes se sont installés dans les zones périphériques des villes et dans des zones comme les cimetières. Ce phénomène a été particulièrement marqué dans la région du Caire, qui a vu une croissance annuelle de 4,4 % de sa population de 1960 à 1970. Parallèlement, les prix des terrains urbains ont fortement augmenté, tandis que ceux des terres agricoles demeuraient relativement bas.
La réponse à la fragmentation des terres : l’agriculture collective
Le gouvernement égyptien a tenté de résoudre la fragmentation des terres par des initiatives telles que la consolidation des exploitations agricoles dans les années 60, visant à regrouper les petites exploitations en plus grandes unités tout en préservant la propriété privée. Cependant, ce projet a échoué en raison du manque de planification et de l’implication des intérêts politiques dans la planification agricole.
Le modèle japonais : une inspiration pour l’Égypte
Une solution possible à la fragmentation des terres pourrait s’inspirer du modèle japonais, où après la Seconde Guerre mondiale, les grandes propriétés foncières ont été redistribuées sous forme d’actions dans des entreprises agricoles. Ces actions étaient transmissibles par héritage, permettant ainsi aux exploitants de conserver une forme de propriété sans avoir à diviser les terres en petites parcelles.
Une solution similaire pourrait être mise en place en Égypte, en regroupant les petites exploitations agricoles sous forme d’actions, avec les coopératives agricoles jouant un rôle central dans la gestion et la redistribution de ces terres.
Solutions et recommandations pour l’avenir de l’urbanisme et de l’agriculture en Égypte
En ce qui concerne l’urbanisme, la solution passe par une meilleure planification des extensions urbaines, en prenant en compte les besoins actuels et futurs des générations, en particulier dans les zones rurales où l’espace pour l’expansion est limité. De plus, l’application stricte de la législation interdisant la construction sur des terres agricoles doit être accompagnée d’études sociales approfondies sur l’état du milieu rural en Égypte. Il est également nécessaire de renforcer les politiques de création de nouvelles villes et communautés urbaines, et de rétablir l’équilibre entre la production de logements économiques et les autres catégories de logements.
En résumé, les lois de réforme agraire ont été mises en place sans une vision stratégique à long terme, ce qui a conduit à une mauvaise gestion des terres agricoles et à une urbanisation non planifiée. La clé réside dans la mise en place d’un cadre juridique solide et d’un mécanisme pour garantir l’équité sociale et la durabilité à long terme.