Article de recherche publié par Diwan Alomran pour les Études Urbaines, rédigé par Ibrahim Ezzeldin, chercheur principal et cofondateur de Diwan Alomran.
Cet article examine la question des expulsions forcées en Égypte en tant que pratique enracinée et systématique, étroitement liée aux discours du « développement » et du « réaménagement ». En réalité, il s’agit de l’un des défis les plus graves posés aux droits humains fondamentaux, en particulier au droit à un logement adéquat et à une vie digne. Bien que l’Égypte ait adhéré à des conventions et traités internationaux l’engageant à protéger ces droits, l’étude met en évidence un écart manifeste entre les engagements internationaux de l’État et son cadre législatif ainsi que ses politiques urbaines, souvent mobilisés au service d’intérêts économiques au détriment de la justice sociale.
La première partie démontre que les lois égyptiennes — telles que la loi sur l’expropriation et la loi unifiée de la construction — ne comportent pas de dispositions explicites criminalisant les expulsions forcées. Elles confèrent de larges prérogatives à l’autorité exécutive sous le prétexte de « l’intérêt public », sans définitions précises ni critères de nécessité clairement établis. Ces lois excluent également des mécanismes de consultation effective avec les résidents concernés et ne prévoient pas de garanties substantielles lors de la mise en œuvre ou après celle-ci. Par ailleurs, les voies de recours demeurent limitées et les compensations sont souvent insuffisantes, étant calculées uniquement sur la base de la valeur marchande, sans prise en compte des pertes sociales et économiques plus larges.
La deuxième partie révèle que, depuis 2014, les politiques de développement urbain ont adopté une orientation fortement axée sur l’investissement, transformant l’État en « promoteur immobilier » à travers l’Autorité des nouvelles communautés urbaines. Les terrains et les unités de logement sont ainsi devenus des instruments de rentabilité plutôt que des droits sociaux. Cette mutation a entraîné une augmentation significative des coûts du logement, y compris pour les unités de logement social destinées aux groupes à faible revenu, rendant l’accès à un logement adéquat de plus en plus difficile. Des cas tels que l’île de Warraq et Ras El-Hekma illustrent des politiques d’expulsion mises en œuvre sans consentement libre et éclairé ni indemnisation équitable. Des terres habitées ont été saisies puis réintégrées dans de vastes projets d’investissement ciblant des catégories à revenu plus élevé, tandis que les résidents d’origine ont été déplacés de force.
L’article conclut que le développement urbain en Égypte reflète de plus en plus la transformation de l’État, passé d’un garant du droit au logement à un acteur économique cherchant à maximiser ses profits. Cette évolution accentue les inégalités sociales et approfondit les défis liés à la justice urbaine.
À la lumière de ces constats, l’étude formule plusieurs recommandations majeures :
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Réformer le cadre législatif afin de criminaliser les expulsions forcées conformément aux normes internationales.
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Réorienter les politiques urbaines vers la justice sociale, en garantissant la fourniture de logements adéquats et abordables pour les groupes vulnérables.
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Renforcer la participation communautaire et la transparence dans les processus de planification et de mise en œuvre.
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Établir des mécanismes efficaces de recours et d’indemnisation équitable respectant la dignité et les droits des résidents affectés.
En définitive, l’article affirme que la conciliation entre les objectifs de développement économique et la protection des droits humains ne constitue pas une considération secondaire, mais bien une condition fondamentale pour la réalisation d’une justice urbaine durable, respectueuse de la dignité humaine et garante du droit au logement et à des conditions de vie décentes.