Logement alternatif ou logement adéquat ? Les incertitudes qui freinent l’inscription des locataires de l’ancien régime locatif en Égypte

À l’approche du 12 juillet, le troisième — et peut-être dernier — délai fixé pour l’inscription sur la plateforme de logement alternatif destinée aux locataires soumis à l’ancien régime locatif arrivera à son terme, après près de neuf mois d’ouverture des inscriptions et deux prolongations successives. Alors que le gouvernement continue d’appeler les bénéficiaires potentiels à enregistrer rapidement leurs données, des campagnes appelant au boycott de la plateforme se multiplient sur les réseaux sociaux parmi les locataires.

Depuis l’entrée en vigueur de la loi n° 164 de 2025, en août dernier, les locataires relevant de l’ancien régime locatif se trouvent confrontés à une nouvelle réalité juridique : une augmentation des loyers comprise entre dix et vingt fois leur montant précédent, ainsi qu’une période transitoire de sept ans avant la libéralisation définitive de la relation locative, prévue en 2032.

En contrepartie, l’article 8 de cette loi reconnaît au locataire d’origine, ou à toute personne ayant légalement succédé au bail, le droit de bénéficier d’un logement alternatif parmi les logements mis à disposition par l’État avant la fin de cette période transitoire, conformément aux modalités fixées par les autorités publiques.

Afin de mettre en œuvre cette disposition, l’État a créé une plateforme électronique destinée à recevoir les demandes des locataires souhaitant obtenir un logement alternatif. Les inscriptions ont débuté en octobre 2025 et devaient initialement s’achever en janvier 2026, avant d’être prolongées une première fois jusqu’en avril 2026, puis une seconde fois jusqu’au 12 juillet.

Depuis janvier dernier, l’Autorité égyptienne des postes permet également aux personnes concernées d’effectuer leur inscription par voie électronique à travers 500 bureaux de poste répartis sur l’ensemble du territoire. Malgré ces facilités, le nombre de demandes déposées n’avait pas dépassé 93 000 à la fin du mois de mai 2026, selon les déclarations de Maï Abdel Hamid, directrice générale du Fonds pour le logement social et le financement hypothécaire, lors d’une intervention télévisée le 24 mai 2026.

Les statistiques officielles indiquent qu’environ 1,6 million de ménages occupaient des logements relevant de l’ancien régime locatif selon le recensement de 2017. Toutefois, Maï Abdel Hamid estime que le nombre de ménages effectivement concernés par le dispositif de logement alternatif se situe autour de 400 000.

Elle explique cet écart par plusieurs facteurs : certains locataires pourraient parvenir à un accord amiable avec leurs propriétaires, d’autres disposent déjà d’un logement alternatif, certains préfèrent rejoindre leur famille, tandis que d’autres sont décédés.

Le Premier ministre, Mostafa Madbouly, a lui aussi évoqué cette diminution du nombre de bénéficiaires potentiels, estimant qu’elle s’expliquait notamment par les décès et par l’abandon volontaire de certains logements. Il a toutefois reconnu par la suite que le faible nombre d’inscriptions enregistrées sur la plateforme gouvernementale ne reflétait peut-être pas le nombre réel de ménages concernés.

En effet, avec seulement 93 000 inscriptions sur les quelque 400 000 ménages que le gouvernement considère comme éligibles, le taux de participation ne dépasse guère un quart des bénéficiaires potentiels entre octobre 2025 et mai 2026. Cette situation soulève une question essentielle : pour quelles raisons près de 75 % des locataires éligibles refusent-ils de s’inscrire ?

Qui peut déposer une demande ?

Pour bénéficier d’un logement alternatif, le demandeur doit justifier d’une occupation effective et ininterrompue du logement concerné, sans interruption supérieure à une année, et ne pas être propriétaire d’un autre logement sur le territoire égyptien.

Il est également tenu de libérer le logement occupé et de le restituer au propriétaire dès la décision officielle d’attribution du nouveau logement. Afin d’achever la procédure d’attribution, le bénéficiaire devra fournir une déclaration de libération du logement dûment authentifiée auprès du service de publicité foncière.

Des campagnes de boycott

Parallèlement, plusieurs groupes de locataires actifs sur Facebook mènent des campagnes appelant au boycott de l’inscription sur la plateforme de logement alternatif, dans l’espoir d’obtenir une modification, voire l’abrogation, de la loi.

Parmi les personnes ayant répondu à ces appels figure Ibrahim El-Sayed, retraité de 63 ans, qui vit depuis plusieurs décennies dans un appartement relevant de l’ancien régime locatif à Shoubra El-Kheima.

Ibrahim refuse de s’inscrire sur la plateforme, non seulement parce qu’il s’oppose à la loi, mais aussi parce qu’il craint de perdre la stabilité que lui procure le quartier où il a passé toute sa vie.

« J’ai passé toute ma vie ici. C’est ici que je me suis marié. C’est ici que mes enfants sont nés, qu’ils ont grandi, puis qu’ils se sont mariés à leur tour. Aujourd’hui, je vis toujours ici avec mon épouse. Nous avançons ensemble dans les années qu’il nous reste à vivre, entourés de voisins qui sont devenus une véritable famille après toute une vie passée ensemble. Quitter cet endroit après toutes ces années est une décision extrêmement difficile. »

Charges financières et destinations inconnues

Pour Ahmed Mostafa, fonctionnaire d’une cinquantaine d’années vivant avec sa famille dans un appartement soumis à l’ancien régime locatif à Boulaq El-Dakrour, un déménagement vers un autre quartier pourrait engendrer d’importantes charges financières supplémentaires, même si le nouveau logement répondait à leurs besoins en termes de superficie ou de coût.

Ahmed explique que son lieu de travail, les écoles de ses enfants ainsi que l’ensemble des services dont dépend sa famille se trouvent dans un périmètre géographique restreint auquel ils sont habitués depuis de nombreuses années.

Selon lui, s’installer dans un autre secteur impliquerait une augmentation des dépenses quotidiennes de transport et un allongement considérable du temps consacré aux déplacements. Ces coûts représenteraient une charge économique permanente, tout aussi importante que le montant du loyer lui-même. Les inquiétudes d’Ahmed révèlent ainsi une autre dimension du débat sur le logement alternatif : au-delà du logement en tant que bien immobilier, c’est tout un réseau de relations économiques et sociales construit au fil des années qui risque d’être fragilisé.

À l’inverse, Samia Abdel Wahab, veuve de 64 ans vivant seule dans un appartement relevant de l’ancien régime locatif dans le quartier d’El-Zeitoun, au Caire, n’est pas opposée, en principe, à l’idée d’intégrer un logement alternatif.

« Je voudrais simplement savoir où se situe exactement cet appartement, combien il coûtera et quels seront les moyens de transport disponibles. »

Samia s’est rendue au bureau de poste le plus proche afin d’obtenir ces informations avant de finaliser son inscription, mais elle est repartie sans enregistrer sa demande.

« Personne n’a été capable de me dire où se trouverait l’appartement, ni combien il coûterait. »

Sa pension mensuelle s’élève à environ 8 000 livres égyptiennes, dont une grande partie est consacrée aux soins médicaux et à l’achat de médicaments. Dans ces conditions, le montant futur du loyer constitue, selon elle, l’élément déterminant de sa décision.

Dans une déclaration accordée à Diwan Alomran, Ayman Essam, conseiller juridique de l’Association des locataires, s’interroge :

« Comment demander à un locataire de s’inscrire alors qu’il ignore totalement où se trouve le logement alternatif, combien il coûtera et quel sera le montant du loyer qu’il devra payer ? »

Il souligne également qu’une large proportion des locataires concernés sont des personnes âgées ou des retraités, pour lesquels toute nouvelle obligation financière constitue une véritable source d’inquiétude.

Des informations incomplètes

La plateforme gouvernementale indique que plusieurs modalités permettront d’accéder au logement alternatif : la location, la location avec option d’achat, l’acquisition par paiement comptant, le paiement échelonné ou encore le financement hypothécaire.

Toutefois, elle ne fournit aucune précision concernant le montant des loyers, les mensualités prévisionnelles, les acomptes de réservation, le coût final des logements ou encore les critères retenus pour leur attribution aux demandeurs.

L’ancien ministre du Logement, Sherif El-Sherbiny, avait annoncé que 238 000 logements étaient déjà prêts à accueillir les bénéficiaires du programme de logement alternatif dans plusieurs gouvernorats.

Selon lui, ces logements sont situés dans les quartiers d’El-Salam et de Gesr El-Suez au Caire, dans le secteur de Bary Karmouz à Alexandrie, ainsi que dans plusieurs autres villes et capitales de gouvernorats.

Il avait également indiqué que près de 14 500 feddans de terrains avaient été identifiés dans les gouvernorats pour accueillir de futurs projets résidentiels, auxquels s’ajoutent 2 200 feddans répartis dans différentes villes nouvelles.

Pour Maï Abdel Hamid, directrice générale du Fonds pour le logement social et le financement hypothécaire, la plateforme constitue avant tout un outil permettant au gouvernement de mesurer la demande réelle et d’anticiper les besoins futurs afin de planifier la construction des logements nécessaires au cours des prochaines années.

Cette approche place toutefois le dossier dans une situation paradoxale : alors que les autorités souhaitent connaître l’ampleur de la demande avant d’engager leurs programmes, de nombreux locataires estiment qu’ils ont d’abord besoin de connaître précisément les caractéristiques de l’offre avant de décider de s’inscrire.

L’inscription signifie-t-elle quitter immédiatement son logement ?

Pour beaucoup de locataires, les hésitations ne s’expliquent pas uniquement par des considérations économiques ou sociales.

Certains, à l’image d’Ibrahim El-Sayed, sont convaincus que l’inscription sur la plateforme constitue une acceptation implicite de quitter leur logement actuel, voire d’y renoncer définitivement.

« J’ai peur qu’un jour je découvre que j’ai abandonné mon appartement en échange d’un autre logement dont j’ignore tout : son emplacement comme son coût. »

Pourtant, la plateforme gouvernementale précise que le bénéficiaire n’est tenu de présenter un avis officiel de libération du logement, authentifié auprès du service de publicité foncière, qu’après l’attribution du logement alternatif et l’achèvement de toutes les procédures administratives.

Afin de répondre à ces inquiétudes, le Fonds pour le logement social et le financement hypothécaire a publié un message sur sa page Facebook affirmant que :

« L’inscription ne signifie pas une expulsion immédiate ; elle constitue simplement la porte d’entrée permettant d’obtenir un logement alternatif. »

De son côté, Ahmed El-Behairy, conseiller juridique de l’Association des personnes lésées par la loi sur l’ancien régime locatif, estime, dans une déclaration à Diwan Alomran, que les craintes liées à l’inscription ne reposent sur aucun fondement juridique.

Selon lui, le locataire prendra connaissance de l’offre définitive avant de devoir accomplir toute démarche irréversible. À l’inverse, refuser de s’inscrire pourrait priver les personnes éligibles de la possibilité de bénéficier ultérieurement d’un logement alternatif.

Note du traducteur : Cet article est une traduction de la version originale rédigée en arabe. L’ensemble des informations factuelles, des citations, des références et des sources provient de l’article original. Pour consulter les sources et références dans leur intégralité, veuillez vous reporter à la version arabe originale.

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