Justice du logement

Les Normes de l’ONU pour un Logement Adéquat

Le Comité des droits économiques, sociaux et culturels des Nations Unies a défini plusieurs conditions essentielles devant être réunies dans la construction des logements : sécurité juridique d’occupation, accessibilité financière, habitabilité, accès aux services, matériaux, équipements et infrastructures, accessibilité des besoins, emplacement, adéquation culturelle. En examinant la majorité des projets réalisés par les gouvernements égyptiens successifs, on constate qu’aucun d’eux ne respecte les engagements internationaux de l’État.

Accessibilité Financière : L’Exemple du Projet « Dar Misr »

La plupart de ces projets ont été élaborés sans étude claire et approfondie du site proposé. Certains manquent totalement de l’exigence « d’accessibilité financière », telle que définie dans l’Observation générale n°4 relative à l’article 11-1 du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels. Elle stipule que les coûts liés au logement ne doivent pas compromettre la satisfaction des autres besoins fondamentaux. Les États doivent s’assurer que les dépenses de logement restent proportionnées aux revenus et fournir des aides à ceux qui ne peuvent accéder à un logement abordable.

Par exemple, le projet « Dar Misr », censé viser les ménages à faible revenu, propose des unités dont le prix au mètre carré atteint 4 200 livres égyptiennes, pour des surfaces allant de 100 à 150 m². Le coût d’une unité oscille donc entre 420 000 et 630 000 livres égyptiennes, soit en moyenne un demi-million de livres.

Manque d’Infrastructures : Le Cas du Projet « Ibni Baytak »

D’autres projets souffrent de l’absence de services et d’infrastructures de base. Selon l’ONU, un logement adéquat doit offrir les installations essentielles à la santé, la sécurité, le confort et la nutrition, y compris un accès constant à l’eau potable, à l’énergie, à l’assainissement, aux systèmes de gestion des déchets et aux services d’urgence. Le projet « Ibni Baytak » est un exemple frappant : le gouvernement n’a pas tenu sa promesse d’y étendre les services de base, et certaines parties du projet sont situées derrière une voie ferrée, accessible uniquement via un passage à niveau dangereux. L’absence d’opportunités d’emploi a poussé de nombreux habitants à abandonner leurs logements, subissant ainsi des pertes économiques importantes.

Une Histoire de Corruption et de Mauvaise Planification

Trente années de corruption sous le régime du Parti national, de l’ouverture économique au socialisme, ont plongé l’État dans la confusion en matière de logement, malgré le changement de gouvernements et de présidents. Le favoritisme, l’occupation illégale et l’absence de sécurité d’occupation ont favorisé l’émergence de quartiers informels dépourvus de services de base, entraînant une surpopulation, des problèmes sociaux et économiques, et une congestion urbaine accrue. La stratégie des gouvernements successifs a consisté à promettre de grands projets sans jamais garantir leur achèvement, sans rendre les responsables imputables. Le même ingénieur a été chargé des projets « Ibni Baytak » et « Dar Misr », selon certaines sources.

Sécurité d’Occupation

« L’occupation d’un logement peut prendre différentes formes : location (publique ou privée), logement coopératif, propriété, hébergement d’urgence, ou établissement informel, y compris l’appropriation illégale de terres ou de biens. Quelle que soit la forme d’occupation, chaque personne doit bénéficier d’une sécurité juridique qui la protège contre les expulsions arbitraires, le harcèlement et les menaces. Les États doivent prendre des mesures immédiates pour garantir cette sécurité aux individus et familles qui en sont privés, en consultant réellement les personnes concernées. »

Statistiques sur la Forme d’Occupation en Égypte

En Égypte, la majorité des logements, qu’ils soient publics ou privés, sont détenus en propriété :

  • Zone urbaine : 6 836 102 familles (26 708 922 personnes)

  • Zone rurale : 10 967 618 familles (46 053 012 personnes)

L’ancienne formule de location (loyer ancien) vient en deuxième position :

  • Zone urbaine : 1 535 409 familles (5 704 228 personnes)

  • Zone rurale : 107 820 familles (429 992 personnes)

Vient ensuite la location nouvelle :

  • Zone urbaine : 1 196 981 familles (4 682 492 personnes)

  • Zone rurale : 253 172 familles (996 760 personnes)

Les logements donnés :

  • Zone urbaine : 624 828 familles (2 484 104 personnes)

  • Zone rurale : 1 775 633 familles (7 071 611 personnes)

Les logements considérés comme avantages en nature :

  • Zone urbaine : 84 532 familles (342 927 personnes)

  • Zone rurale : 46 117 familles (187 526 personnes)

Enfin, la location meublée, bien moins répandue :

  • Zone urbaine : 19 085 familles (61 516 personnes)

  • Zone rurale : 2 131 familles (7 857 personnes)

Disponibilité des Services de Base

Un logement adéquat doit fournir des installations essentielles à la santé et à la sécurité. Il doit permettre un accès continu à l’eau potable, à l’électricité, aux systèmes d’assainissement, à la gestion des déchets et aux secours.

Accès à l’Eau Potable

Les familles se répartissent selon deux grandes sources :

  • Réseau public :

    • Urbain : 10 183 099 familles (39 514 614 personnes)

    • Rural : 12 565 572 familles (52 262 156 personnes)

  • Réseaux non publics :

    • Urbain : 117 782 familles (483 884 personnes)

    • Rural : 590 075 familles (2 496 427 personnes)

Ces dernières dépendent de :

  • Pompes : 28 118 urbain / 221 998 rural

  • Puits : 8 519 urbain / 49 211 rural

  • Eau embouteillée : 81 145 urbain / 308 704 rural

  • Eau de pluie : exclusivement rural, 10 162 familles

Source d’Éclairage

La majorité dépend du réseau électrique public :

  • Connectés : 23 385 616 familles (94 757 081 personnes)

  • Non connectés : 62 113 familles

Les non connectés utilisent :

  • Générateurs : 45 150 familles

  • Énergie solaire : 7 160 familles

  • Gaz : 9 088 familles

  • Kérosène : 6 508 familles

  • Autres : 3 006 familles

Réseaux d’Assainissement

L’évacuation des eaux usées est cruciale.

  • Non connectés au réseau public : 10 309 539 familles

    • Réseaux privés : 2 747 314 familles

    • Fosses : 7 434 575 familles

    • Terrains vagues : 85 898 familles

    • Autres : 41 752 familles

  • Connectés : 13 146 989 familles

Installations Domestiques

  • Cuisine privée : 21 294 887 familles

  • Cuisine partagée : 1 966 221 familles

  • Pas de cuisine : 195 420 familles

  • Salle de bain privée : 21 331 431 familles

  • Salle de bain partagée : 2 085 118 familles

  • Pas de salle de bain : 39 979 familles

Recommandations Stratégiques

Dans un contexte de croissance démographique rapide, le logement n’est plus un simple service : c’est un droit fondamental. Le développement de la vallée et du delta ne doit pas aggraver la congestion. Il est essentiel de penser au développement des zones désertiques, de préserver les terres agricoles, de réactiver le rôle de l’Organisme général d’aménagement urbain et du Conseil suprême de planification, d’élaborer des plans stratégiques modernes, de limiter la spéculation foncière, d’établir une législation unifiée sur le logement, et surtout de respecter les traités internationaux, notamment le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels.

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