Le samedi 23 février 2019, les forces de sécurité ont mené un raid contre les habitants de la rue Al-Madabegh, dans le district du Vieux Caire, gouvernorat du Caire, procédant à des expulsions forcées visant des dizaines de foyers. L’intervention sécuritaire a comporté des agressions verbales et physiques contre les résidents, provoquant peur et confusion, tandis que les forces de l’ordre les obligeaient à charger leurs effets personnels sur des camions à ordures. La campagne a également entraîné la démolition des ateliers de réparation automobile situés dans la rue.
Les autorités du district du Vieux Caire avaient auparavant effectué un recensement des habitants de la rue Al-Madabegh, en s’engageant à leur fournir des logements de remplacement dans le quartier d’Al-Asmarat. Cependant, les résidents ont été surpris de voir les expulsions forcées exécutées sans que des logements alternatifs soient assurés à plusieurs familles, ce qui les a poussés à se rendre au siège du district pour s’informer sur leur sort. On leur a indiqué de se rendre à la ville d’Al-Asmarat le lendemain matin pour recevoir leurs logements, tandis que les propriétaires d’ateliers n’ont reçu aucune confirmation concernant une indemnisation ou un relogement professionnel.
Visite de terrain
Le samedi 23 février 2019, les chercheurs de Diwan Alomran ont été informés d’une campagne de démolitions dans la zone d’Ein Al-Sira. L’équipe de recherche est arrivée sur place à 15h00 et a trouvé des dizaines de familles assises devant leurs maisons au milieu de leurs meubles et affaires ménagères. Certains chargeaient le bois démonté de leurs maisons sur des camions à destination inconnue, tandis que d’autres vendaient le mobilier récupéré de leurs habitations effondrées.
Les chercheurs ont observé deux bulldozers démolissant au moins trois maisons, en présence de deux véhicules de police, d’une ambulance et de plusieurs agents de sécurité. Les discussions avec les habitants ont révélé que des comités de recensement étaient passés dans la zone trois semaines plus tôt pour inscrire les ménages en vue de leur relogement dans des logements à Al-Asmarat, moyennant des loyers mensuels compris entre 700 et 1 000 EGP. Les habitants ont affirmé ne pas connaître le sort futur de la zone après la démolition.
Témoignages des habitants
Un habitant raconte :
« Certaines familles acceptent de déménager à Al-Asmarat, mais ne peuvent pas payer le loyer mensuel. D’autres ne figurent pas sur les listes de recensement, et il arrive que trois familles partagent une seule pièce. »
Un autre ajoute :
« Tout ce que nous pouvons dire, c’est : ‘Dieu est notre seul recours.’ Tous les habitants du quartier vivent de leurs mains — certains travaillent dans les tanneries, d’autres comme chauffeurs de minibus, ou encore dans la récupération de ferraille — nous gagnons à peine 10 EGP par jour. Maintenant, ils détruisent nos maisons et nous déplacent vers Al-Asmarat ou Badr, mais comment allons-nous y travailler ? Ceux qui ont des enfants scolarisés — où vont-ils les envoyer ? Nous avons besoin d’au moins trois mois pour réorganiser nos vies. Le loyer est de 1 000 EGP par mois — devons-nous payer le gouvernement et mourir de faim ? Quiconque proteste trouve la police qui l’attend. »
Visite de suivi
Le dimanche 24 février 2019, les chercheurs de Diwan Alomran sont revenus sur place à 13h00. Les démolitions commencées la veille se poursuivaient, mais sans présence visible de forces de sécurité en uniforme ni d’ambulances.
Un habitant âgé a montré les décombres de sa maison en disant :
« Je vivais ici avec mon fils. Son nom figurait sur la liste de recensement, mais pas le mien, à cause d’une confusion entre le nom de ma femme et celui d’une autre femme qui a obtenu un logement. J’ai passé la nuit dans la rue, jusqu’à ce qu’on m’informe ce matin qu’ils allaient me fournir un appartement. »
Son fils a ajouté :
« J’ai reçu un appartement, mais je travaillais ici comme mécanicien automobile — c’était mon atelier, » dit-il en montrant les ruines. « Ils nous ont dit que nous serions indemnisés pour les ateliers, mais nous n’avons rien reçu à ce jour. Nous ne sommes pas contre le relogement, mais nous voulons être traités avec dignité. L’officier est entré et nous a dit de ‘sortir’, puis ils ont apporté des camions à ordures pour transporter nos affaires, comme si nous n’étions pas des êtres humains. Traitez-nous comme des personnes, pas comme des chiens. »